Ventiler une serre ou un tunnel, c’est renouveler l’air pour faire baisser la température, évacuer l’humidité et apporter du gaz carbonique aux plantes. Dans un tunnel, l’essentiel se fait par les côtés ouvrants par enroulement et les pignons ; dans une serre multi-chapelle, par les ouvrants de faîtage associés aux ouvrants latéraux. Les ventilateurs de brassage mélangent l’air à l’intérieur sans le renouveler, tandis que les extracteurs forcent son renouvellement quand l’aération naturelle ne suffit pas. Les filets anti-insectes protègent les ouvertures mais freinent l’air. Pour la conduite au quotidien, une règle simple : aérer chaque matin pour chasser l’humidité de la nuit, ouvrir progressivement quand la température monte, refermer en fin de journée. Voici le détail.

Pourquoi la ventilation décide de la réussite d’une culture
Sous un film plastique, le soleil fait monter la température très vite, même au printemps. La nuit, l’air se refroidit, l’humidité se condense sur la bâche et retombe en gouttes sur les feuilles. Une ventilation bien conduite répond à quatre besoins :
- Limiter la chaleur : au-delà d’un certain seuil, la plante ferme ses stomates, la nouaison souffre et les fruits se déforment.
- Évacuer l’humidité : une humidité élevée et durable, avec des feuilles mouillées, favorise le botrytis, le mildiou et d’autres maladies.
- Renouveler le gaz carbonique, que les plantes consomment rapidement dans un abri fermé et ensoleillé.
- Homogénéiser le climat, pour éviter les zones chaudes sous le faîtage et les zones froides et humides au sol.
Les solutions de ventilation, une par une
Les ouvrants latéraux par enroulement
C’est l’équipement de base d’un tunnel. Le bas de la bâche est fixé sur un tube que l’on enroule à la manivelle, ou avec un moteur, pour ouvrir le côté sur la hauteur voulue. L’air frais entre par le côté exposé au vent et ressort par l’autre. Simple, robuste et économique, ce système est très efficace sur un tunnel isolé bien exposé. Sa limite : par temps sans vent, l’air chaud qui stagne sous le faîtage s’évacue mal.
Les ouvrants de faîtage
Sur une serre multi-chapelle, des fenêtres placées au point haut de chaque chapelle évacuent l’air chaud là où il s’accumule. Combinés aux ouvrants latéraux, ils créent un effet cheminée : l’air frais entre en bas, l’air chaud sort en haut, même par vent faible. Ils se motorisent facilement et se pilotent par une sonde. C’est l’un des principaux arguments de la multi-chapelle, comparée dans notre guide serre multi-chapelle ou tunnels juxtaposés.
Les pignons et les portes
Portes ouvertes et fenêtres de pignon complètent l’aération, surtout sur un tunnel court. Sur un tunnel long, leur effet se limite aux premiers mètres : les côtés doivent prendre le relais. Une fenêtre placée en haut du pignon aide à évacuer l’air chaud du faîtage.
Les ventilateurs de brassage
Suspendus sous la structure, ils font circuler l’air à l’intérieur de la serre. Ils ne renouvellent pas l’air, mais ils réduisent les écarts de température et d’humidité, sèchent le feuillage et répartissent la chaleur d’un chauffage. Ils sont particulièrement utiles quand la serre est fermée : nuits froides, hiver, période de chauffage. Disposés en boucle, ils créent un courant lent et régulier sur toute la longueur.
Les extracteurs
Placés sur un pignon, ils aspirent l’air de la serre et le rejettent dehors, tandis que l’air neuf entre par une ouverture placée à l’opposé. C’est une ventilation forcée, indépendante du vent, utile en climat chaud, dans une serre fermée par des filets ou quand les ouvrants naturels ne suffisent pas. Elle demande une alimentation électrique et consomme de l’énergie.
Le tableau comparatif
| Solution | Renouvelle l’air | Points forts | Limites |
|---|---|---|---|
| Ouvrants latéraux par enroulement | Oui | Simple, économique, grande surface d’ouverture | Dépend du vent, air chaud du faîtage mal évacué |
| Ouvrants de faîtage | Oui | Évacue l’air chaud par le haut, efficace sans vent | Réservé aux serres équipées, plus coûteux |
| Pignons et portes | Oui | Aucun équipement supplémentaire | Effet limité sur un abri long |
| Ventilateurs de brassage | Non | Climat homogène, feuillage sec, chaleur mieux répartie | Ne refroidit pas la serre |
| Extracteurs | Oui, de façon forcée | Indépendants du vent, réglables | Électricité, bruit, entretien |
| Filets anti-insectes | Freinent l’air | Protègent les cultures des ravageurs | Imposent plus de surface d’ouverture |
Les filets anti-insectes : protéger sans étouffer
Poser un filet sur les ouvrants empêche une partie des ravageurs d’entrer, mais chaque filet oppose une résistance au passage de l’air. Plus la maille est fine, plus elle protège contre les petits insectes… et plus elle freine l’aération. La fiche du CTIFL consacrée aux filets de protection donne des repères de maille :
| Ravageurs visés | Maille indicative |
|---|---|
| Thrips et petits ravageurs | Inférieure à 350 × 350 µm |
| Pucerons, aleurodes | De 600 × 500 µm à 920 × 920 µm |
| Mouches, papillons et grands ravageurs | Supérieure à 920 × 920 µm |
La même fiche note qu’un filet à maille serrée élève davantage la température et l’humidité qu’un filet à maille plus lâche. Conséquence pratique : si vous équipez vos ouvrants de filets, choisissez la maille la plus large qui arrête vos ravageurs principaux, et augmentez la surface d’ouverture ou ajoutez une ventilation forcée pour compenser.
Source consultée le 18 octobre 2026 : « Le point sur les méthodes alternatives n° 12 : les filets de protection », CTIFL, collection Production légumière intégrée, 2016.

Les règles pratiques d’ouverture
Les bons réglages dépendent de la culture, de la saison et de votre région. Les repères ci-dessous sont des principes de conduite à adapter avec votre conseiller technique.
| Situation | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| Matin, bâche couverte de condensation | Ouvrir légèrement dès que le soleil chauffe l’abri, même s’il fait frais dehors, pour évacuer l’humidité de la nuit |
| Température qui monte en milieu de matinée | Ouvrir progressivement, par paliers, avant d’atteindre le seuil de chaleur de la culture |
| Journée chaude et ensoleillée | Ouverture maximale des côtés et du faîtage, ombrage si nécessaire |
| Fin d’après-midi | Refermer progressivement pour conserver la chaleur pour la nuit |
| Vent fort | Fermer le côté exposé, garder une ouverture sous le vent, sécuriser les ouvrants |
| Pluie | Réduire les ouvertures côté pluie pour garder le feuillage sec |
| Temps couvert et humide, sans vent | Garder une petite ouverture permanente et faire tourner les ventilateurs de brassage |
| Nuit froide en serre chauffée | Ouvrants fermés, brassage en marche ; une brève aération peut être utile pour sortir l’air humide |
Quelques principes à garder en tête
- Anticiper plutôt que réagir : ouvrir tôt et un peu vaut mieux qu’ouvrir tard et en grand, ce qui provoque un choc thermique.
- Surveiller l’humidité autant que la température : une humidité élevée qui persiste, avec des feuilles mouillées, est le signal d’alerte des maladies.
- Mesurer au niveau des plantes, à l’ombre, et non sous le faîtage ou en plein soleil.
- Observer la condensation : une bâche qui ruisselle le matin indique qu’il faut aérer plus tôt ou plus longtemps.
Bien concevoir la ventilation dès l’achat
La ventilation se joue en grande partie au moment de choisir l’abri :
- Prévoir des côtés ouvrants sur toute la longueur, des deux côtés, avec une hauteur d’ouverture suffisante.
- Orienter l’abri pour que les côtés ouvrants reçoivent les vents dominants d’été, et présenter le pignon aux vents forts.
- Espacer les tunnels juxtaposés : serrés, ceux du milieu reçoivent moins d’air.
- Motoriser sur les grandes surfaces ou quand personne n’est présent en journée : un thermostat ou une sonde, éventuellement associés à un capteur de vent et de pluie, ouvrent et ferment à votre place.
- Penser à la couverture : un film anti-goutte limite la chute de gouttes sur les cultures, et la double paroi change le comportement de la serre, comme l’explique notre guide double paroi et isolation.
En serre chauffée, ventilation et chauffage se règlent ensemble : notre comparatif des chauffages de serre aborde aussi la gestion de l’humidité.
Le cas particulier des abris pour animaux et du stockage
Un tunnel d’élevage ou de stockage se ventile avec la même logique, mais avec d’autres priorités : évacuer la vapeur d’eau et l’ammoniac pour les animaux, la condensation pour le fourrage. Côtés relevables, filets brise-vent et pignons ouverts en partie haute y sont la règle. Voir notre guide du tunnel d’élevage.
En résumé
- Les côtés par enroulement ventilent les tunnels, les ouvrants de faîtage les serres multi-chapelles.
- Les ventilateurs de brassage homogénéisent le climat mais ne refroidissent pas ; les extracteurs forcent le renouvellement de l’air.
- Les filets anti-insectes freinent l’air : choisissez la maille utile et augmentez la surface d’ouverture.
- Aérez chaque matin, ouvrez par paliers quand la température monte, refermez en fin de journée.
- Prévoyez la ventilation dès l’achat : orientation, ouvrants des deux côtés, motorisation.
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